Citations d'Eugène Ionesco:
-Qui est le plus sage ? Celui qui accepte tout ou celui qui a décidé de ne rien accepter ? La résignation est-elle une sagesse ?
-Si écrire, agir, c'est une manifestation de l'orgueil, ne pas vouloir écrire, agir, faire, ce peut être encore de l'orgueil.
-Fallait-il nouer des relations ? Je n'en étais pas très sûr Les gens peuvent troubler vos habitudes. Et quoi leur dire ? Je n'ai rien d'intéressant à dire aux autres. Et ce que disent les autres, cela ne m'intéresse pas non plus. La présence des autres m'a toujours gêné. Il y avait une sorte de cloison invisible entre eux et moi. Pas toujours. Enfin cinq ou six visages suffisent.
-Vous n'existez pas, mon cher, parce que vous ne pensez pas ! Pensez, et vous serez.
-Je voyage, ce n'est pas pour connaître les choses, c'est pour être dépaysé... C'est pour ne plus m'y reconnaître.
-Comme il est difficile de pénétrer l’âme des autres ! Pourtant, cette fois, j’aurais voulu être plus près d’eux. Que se passerait-il si j’étais plus près d’eux, avec eux ? Comme ce serait intéressant ! Je vivrais. Ils étaient séparés de moi comme par une vitre épaisse, incassable.
-L'enfant ne naît pas pour la société, même si la société s'empare de lui. Il naît pour naître. Et l'oeuvre d'art elle aussi naît pour naître, s'impose à son auteur, demande à exister sans se demander si elle est réclamée ou non par la société.
-L'art nous pose la question du problème insoluble, mieux que la philosophie perdue dans l'érudition, il nous met face à notre interrogation sur nos fins dernières. L'art est essentiellement interrogatif. Cette interrogation, c'est déjà un début de réponse. Pour nous restituer à nous-mêmes, l'art nous sort de nous-mêmes, nous met face à face à nous-mêmes, à l'énigme.
-L'espérance ne peut naître que du désespoir le plus profond, le plus authentique.
-L'isolement n'est pas la solitude absolue, qui est cosmique; l'autre solitude, la petite solitude n'est que sociale.
-Je n'insulte pas. Je prouve.
-La nature a ses lois. La morale est antinaturelle.
-Tout est logique. Comprendre, c'est justifier.
-Si je fais toutes ces confidences, c'est parce que je sais qu'elles ne m'appartiennent pas, et que tout le monde à peu près a ces confidences sur les lèvres, prêtes à s'exprimer et que le littérateur n'est que celui qui dit à voix haute ce que les autres se disent ou murmurent.
-Il est évident qu’il s’agit, en grande partie, d’un dialogue de sourds, car les murs n’ont pas d’oreilles et le gens sont devenus des murs les uns pour les autres : personne ne discute plus avec personne.
-La vérité n'a que deux faces mais son troisième côté vaut mieux !
-Peut-on savoir où s'arrête le normal, où commence l'anormal ? Vous pouvez définir ces notions, vous, normalité, anormalité ? Philosophiquement et médicalement, personne n'a pu résoudre le problème.
-Il n'y a pas de passé, il n'y a pas de futur. Dis-le-toi, il y a un présent jusqu'au bout, tout est présent; sois présent. Sois présent.
-La peur est irrationnelle. La raison doit la vaincre.
-La valeur d'une oeuvre est définie par la puissance et la durée de son rayonnement.
-La solitude me pèse. La société aussi.
-Les douleurs, chagrins, échecs m'ont semblé toujours plus vrais que les réussites ou le plaisir. J'ai toujours essayé de vivre, mais je suis passé à côté de la vie. Je crois que c'est ce que ressentent la plupart des hommes. Je n'ai pas su m'oublier.
-Ne pas penser comme les autres c'est du Courage, le dire c'est de la folie.
-Les gens qui s’agitent, qui agissent, qui déterminent les autres à agir, trouvent là-dedans une évasion, un oubli que pour ma part je trouvais dans l’alcool.
-Regardez les gens courir affairés, dans les rues. Ils ne regardent ni à droite, ni à gauche, l'air préoccupé, les yeux fixés à terre, comme des chiens. Ils foncent tout droit, mais toujours sans regarder devant eux, car ils font le trajet, connu à l'avance, machinalement. Dans toutes les grandes villes du monde c'est pareil. L'homme moderne, universel, c'est l'homme pressé, il n'a pas le temps, il est prisonnier de la nécessité, il ne comprend pas qu'une chose puisse ne pas être utile; il ne comprend pas non plus que, dans le fond, c'est l'utile qui peut être un poids inutile, accablant. Si on ne comprend pas l'utilité de l'inutile, l'inutilité de l'utile, on ne comprend pas l'art; et un pays où on ne comprend pas l'art est un pays d'esclaves ou de robots, un pays de gens malheureux, de gens qui ne rient pas ni ne sourient, un pays sans esprit; où il n'y a pas l'humour, où il n'y a pas le rire, il y a la colère et la haine. Car ces gens affairés, anxieux, courant vers un but qui n'est pas un but humain ou qui n'est qu'un mirage, peuvent tout d'un coup, aux sons de je ne sais quels clairons, à l'appel de n'importe quel fou ou démon se laisser gagner par un fanatisme délirant, une rage collective quelconque, une hystérie populaire.
-Il y a, dans la ripaille, une gratuité, une liberté : on ne mange pas pour vivre ; on mange pour que ça craque, pour que ça éclate ; une façon de se tuer.
-Il faut écrire pour soi, c'est ainsi que l'on peut arriver aux autres.
-Il était comme un de ces voyageurs qui s'attardent dans les auberges en oubliant que le but du voyage n'est pas l'auberge.
-La poésie, le besoin d'imaginer, de créer, est aussi fondamental que celui de respirer. Respirer, c'est vivre, et non pas s'évader de la vie.
-Je n'aime pas tellement l'alcool. Et pourtant si je ne bois pas, ça ne va pas. C'est comme si j'avais peur, alors je bois pour ne plus avoir peur.
-Il sera une page dans un livre de dix mille pages que l'on mettra dans une bibliothèque qui aura un million de livres, une bibliothèque parmi un million de bibliothèques.
-Ce sont les souvenirs, les images, les présences des autres qui vous torturent. Qui vous ennuient. Il y a une solitude ennuyeuse et insupportable, c’est celle où l’on se réfère aux autres, où on les appelle, où l’on a besoin d’eux, où on les fuit parce que l’on croit à leur existence. C’est des autres que l’on a peur, alors on se précipite vers eux comme pour les désarmer.
-Vouloir être de son temps, c’est déjà être dépassé.
-Que Votre Altesse m'excuse, je vais donner à manger à mes hommes. Un bon général est le maman de ses soldats.
-La vie est une lutte, c'est lâche de ne pas combattre !
-Eh oui, le bonheur est égoïste.
-J'étais ignorant mais pas assez pour ne pas me rendre compte que j'étais ignorant.
-- Puisqu'il en est ainsi, c'est qu'il ne peut en être autrement.
- C'est du fatalisme.
- C'est de la sagesse.
-Voilà pourquoi je leur en voulais. D’être des autres, sans être tout à fait autres. S’ils avaient été vraiment différents de moi-même, j’aurais pu les prendre pour modèle. Cela m’aurait aidé. J’avais le sentiment de porter en moi la peur entière et le l’angoisse de milliards d’êtres humains, le malaise de tous.
-Les désirs que j’ai sont-ils moi-même, me constituent-ils, ou bien me sont-ils imposés et viennent-ils d’ailleurs, et alors, quel est ce « je » qui les reçoit ?
-Le mot empêche le silence de parler.
-Pourtant je suis comme tout le monde, comme tout le monde à notre époque, sceptique, désabusé, fatigable et fatigué, vivant sans but, travaillant le moins possible –parce qu’on ne peut pas faire autrement-, un peu gourmand : de l’alcool, un bon plat pour échapper, de temps à autre, à cette amertume et à cette lassitude universelles.
-On écrit pour ne pas mourir entièrement, pour ne pas mourir tout de suite puisque tout dépérit. Et je crois que parmi toutes ces raisons, les deux raisons les plus fortes d'écrire sont bien celles-ci : faire partager aux autres l'étonnement, l'éblouissement d'exister, le miracle du monde et faire entendre notre cri d'angoisse à Dieu et aux hommes, faire savoir que nous avons existé.
-La psychanalyse éclaire, elle ne juge pas. La psychanalyse explique aussi pourquoi l’on juge, elle ne juge pas le jugement non plus.
-Je préfère Jung à Freud. Jung ne vous défend pas la religion. On sait qu’il affirme qu’elle est un besoin psychologique et que, puisqu’elle est un besoin, elle répond à une vérité.
-Tout ce que nous rêvons est réalisable.
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